Qu’est-ce que le genre?

La notion de « genre » est apparue à la suite des études féministes.  En effet, si ces dernières permettaient de lutter pour l’amélioration des conditions de vie des femmes,  il a fallu attendre l’émergence des gender studies pour démontrer que « ces rôles sexuels » étaient historiquement et socialement construits.

Employée dès 1928 par l’anthropologue Margaret Mead, la notion de genre se distingue du sexe: le genre n’est ni naturel ni immuable. En 1949, Simone de Beauvoir publie Le Deuxieme Sexe dans lequel elle distingue le sexe biologique inné et le sexe social acquis. Mais c’est véritablement en 1972, que la sociologue britannique Ann Oakley, s’inspirant de Robert Stoller, propose le terme de gender pour distinguer ce qui relève du biologique (le sexe) et ce qui relève d’une construction variable et évolutive (le genre).

Lui à l’extérieur, elle à l’intérieur

Le genre n’est donc pas donné à la naissance mais il est lié à la transmission, le genre s’établit à travers des processus de socialisation multiples (famille, école, culture..), des manières d’être, de penser et d’agir orientant chacun de nous vers la masculinité ou la féminité. Le genre permet donc de déconstruire les identités et les rôles sociaux attribués historiquement à chaque sexe mais aussi la naturalisation des différences sexuels liée à l’idée d’un déterminisme biologique.
En 1988, l’auteur Joan Scott ajoute à cette dimension constructiviste l’idée d’une relation de pouvoir entre les sexes, où ce dernier viendrait justifier la domination masculine dans les sphères privées et publiques.  Les hommes auraient trouvé dans le sexe une différence présentée comme naturelle afin de justifier une répartition des taches à leur avantage, et ce dès la protohistoire.(1)

Une multitude d’identités

Plus récemment, des auteurs comme Judith Butler continuent cet effort de dénaturalisation en invitant à reconsidérer le binôme sexe/genre.  Ainsi, la binarité des genres féminin et masculin « ne viendrait pas épuiser le champ sémantique du genre ». Judith Butler évoque « le trouble » qui existe dans le genre et identités sexuelles.

Mais même si cette notion fait débat, raisonner en terme de genre permet d’interroger des types de présupposés communs, liés à des représentations sociales parfois tellement intériorisées que les individus n’en ont plus conscience et peuvent avoir le sentiment d’agir par simple goût ou choix personnel. L’ouvrage de Pierre Bourdieu, La Domination Masculine, est à cet égard percutant.

J’ai un utérus donc j’aime le rose

Encore aujourd’hui les stéréotypes restent nombreux même au sein des plus jeunes générations.
Car en réalité, ce n’est pas parce que notre sexe est féminin que l’on est naturellement sensible, émotive, à l’écoute, maternelle, littéraire, soignée, coquette, et plus apte à travailler dans le domaine des ressources humaines que dans le domaine de la physique nucléaire. De la même manière, ce n’est pas parce que l’on nait avec un sexe masculin que nos compétences en matière scientifique, technique, mécanique, mathématique ou sportive sont naturellement plus développées et que l’on aime la bagarre, le porno, les activités de construction, le black metal et les voitures.
(1) A lire aussi Paola Tabet, La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, Paris, L’Harmattan, Bibliothèque du féminisme, 1998.

                                                                                                                                   Julie Pacaud

A lire aussi : Se faire et se défaire : le genre à l’épreuve de l’art

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